René de la Voye – Prise 2

Un texte intéressant

René de la Voye

Les deux ancêtres Lavoie ont connu des existences fort différentes

Les Lavoie font partie de la huitième plus grande famille, en nombre, dans l’est du Québec, selon la Fédération des familles souches. Sur la carte du Canada et de l’Amérique du Nord, cela fait du monde à la grand-messe de la généalogie. En chiffres, il faut compter en dizaines de milliers.

À leur arrivée en Nouvelle-France, les deux ancêtres, René et Pierre, signent ou sont enregistrés sous le nom de La Voye ou De Lavoye. C’est progressivement qu’ils deviendront plus simplement des Lavoie.

Avec ou sans la particule, les deux premiers Lavoie sont d’humble extraction, comme la grande majorité des ancêtres québécois. C’est leur seul trait commun. Pour le reste, ils sont aussi différents qu’on peut l’être.

René est originaire de Rouen et Pierre, de Larochelle. Le premier laissera à sa mort une dizaine de petits-enfants. Le second, lui, aura toutes les difficultés du monde à trouver une femme solide avec qui fonder un foyer et faire des petits Lavoie nés au Canada.

Deux destins à l’image de la vie qu’on menait en Nouvelle-France au XVIIe siècle.

L’ancêtre fécond

René (de) Lavoie a été baptisé, le 28 novembre 1628, dans la paroisse de Saint-Maclou, où l’on trouve l’une des plus belles églises (le style flamboyant de la fin du XIVe siècle) de l’agglomération rouennaise, qui n’en manque pourtant pas.

De Saint-Maclou sont aussi venus d’autres pionniers et fondateurs de lignées. Ils s’appellent Jean Groulx, Louis Lefebvre dit Batanville, Étienne Vallée, Pierre Boivin et Claude Poulin. Un salut, en passant, aux ancêtres Lemieux, deux frères, des tonneliers, originaires eux aussi de la bonne ville de Rouen.

René Lavoie, fils de René et d’Isabeau Bélanger, arrive à Québec relativement tard, soit en 1655. Il rattrapera rapidement le temps perdu.

Moins d’un an après son arrivée, il marie Anne, la fille aînée d’Élie Godin et d’Esther Ramage. L’épousée a 16 ans et le fringant mari approche la trentaine. Ils auront huit enfants, qu’ils élèveront sur leur ferme de Sainte-Anne-du-Petit-Cap (Sainte-Anne-de-Beaupré). René ne quittera cette terre que pour aller mourir, 40 ans plus tard, chez son gendre Pierre Allard, à Château-Richer.

Mais n’anticipons pas. La vie de René Lavoie sera somme toute heureuse et réussie, mais jamais reposante.

 » On ne peut pas troquer sa croyance religieuse comme une peau de castor « , écrit le généalogiste Gérard Lebel dans Nos ancêtres. Anne Godin avait été introduite par ses parents à la religion calviniste au temple de La Rochelle. Pour se marier, elle devra renier la foi huguenote.

Le cas de son mari n’est pas plus simple. Selon Lebel, qui cite le généalogiste A. Godbout, O.F.M., notre René aurait été baptisé catholique à Rouen, serait devenu calviniste Dieu sait où avant de revenir à l’Église de Rome pour pouvoir refaire sa vie sans tracas dans la région de Québec.

Afin de garder sa terre de Beaupré, il devra louer ses talents de menuisier, notamment, pour reconstruire l’église de Sainte-Anne. Il connaîtra l’angoisse de l’attaque iroquoise du printemps 1661. Il vivra le tremblement de terre de l’hiver 1663. Il assistera, impuissant, à l’arrivée spectaculaire de l’armada (32 navires) de l’Anglais Phipps, à l’automne 1690. Les bons historiens nous apprennent que cette attaque fut repoussée par les canons du gouverneur Frontenac et, d’abord et avant tout, par une épidémie de petite vérole. Sans compter l’hiver précoce qui menace de bloquer les navires anglais.

C’est finalement à travers ses enfants que l’ancêtre René Lavoie se réalisera le mieux.

L’aîné des huit enfants Lavoie se prénomme René comme son père. En 1680, il obtient une concession de six arpents de front à Petite-Rivière. L’année suivante, il achète la propriété voisine de la sienne qui fait neuf arpents, selon le généalogiste Lebel. Il est donc propriétaire d’une terre de 15 arpents de front sur le fleuve. Un domaine immense pour qui commence dans la vie.

Le 4 novembre 1683, il épouse Marguerite Bouchard, la fille de l’ancêtre Claude Bouchard. René  » le jeune  » et Marguerite auront 10 enfants, qu’ils élèveront à Petite-Rivière. Son fils Michel sera nommé notaire de Baie-Saint-Paul, en 1737, par l’intendant Hocquart.

Un autre fils de René (le premier), Pierre, vivra à Rivière-Ouelle et aura 13 enfants. Pierre se mariera deux fois ; il aura quatre enfants avec Marie-Constance Duchesne avant de se remarier avec Madeleine Tournebroche, veuve de Julien Dumont, de Saint-Michel de Bellechasse. Elle ajoutera trois filles à la famille. Le cadet, Joseph, sera tout aussi fécond. Il épousera Françoise Guimond, veuve de Noël Racine et mère d’une petite fille ; elle lui donnera huit autres enfants.

Malchanceux en amour

La vie de Pierre, l’autre ancêtre Lavoie, peut être regardée comme une tragédie ou comme une comédie amoureuse. C’est selon. Ses femmes meurent trop tôt ou ne veulent carrément pas de lui. Probablement parce qu’il est veuf et père de cinq enfants nés en France et venus avec lui au pays. Peut-être aussi simplement parce qu’il n’a pas le tour en amour. Après bien des tribulations, il trouvera enfin chaussure à son pied.

Pierre est né à Aytré, près de La Rochelle. Vers 1650, il épouse Jacquette Grinon d’origine inconnue. Il arrive à Québec, en 1666, avec femme et enfants. Son épouse décède l’année suivante. Alors commence la saga du pauvre Pierre qui veut désespérément une épouse pour lui et une mère pour ses enfants.

Son drame, c’est qu’il cherche une compagne parmi les  » filles du roi  » arrivées récemment en Nouvelle-France. Contrairement à l’idée reçue, les pupilles de sa Majesté ne se donnent pas au premier venu. Elles sont plus capricieuses que les filles du pays.

Le généalogiste Michel Langlois raconte, dates et noms à l’appui, dans son Dictionnaire biographique des ancêtres québécois les déconvenues amoureuses de notre héros.

Il fait d’abord la cour à Jeanne Burel. Le contrat de mariage pourtant signé devant le notaire Becquet, en 1667, est annulé peu après par la promise. La Burel, 20 ans et toutes ses dents, épousera peu après un certain André Poutré.

Deux ans plus tard, Pierre passe un autre contrat de mariage devant le même notaire. Cette fois, la promise se nomme Anne-Françoise Richard. Elle n’a que 16 ans mais possède déjà un fort quant-à-soi. Elle fait annuler le contrat à la dernière minute. La jeune femme avait déjà fait le coup à un autre prétendant malheureux. Elle trouvera finalement un Pierre Campagna qui lui conviendra.

Le calvaire de Pierre prendra fin le 25 août 1670. Il épouse la belle Isabelle Loppé, âgée de 20 ans et dont les parents sont de Rouen, en Normandie. Huit enfants naîtront de cette union tardive. Pierre a dépassé la quarantaine. Il était temps.

Les quatre premiers enfants verront le jour à Saint-Augustin et les quatre autres à Neuville, dans la région de Portneuf. Pierre Lavoie terminera ses jours sur sa petite terre de la seigneurie de Neuville, Il meurt en 1708.

Si on lit bien Michel Langlois, on ne peut être que mal à l’aise. Ce Pierre Lavoie aura loué toute sa vie la force de travail de ses filles pour payer ses dettes. Il les place le plus souvent comme servantes. Il faut voir tout cela avec les yeux de l’époque. Mais tout de même.

Hors de l’ordinaire

Chaque famille de pionniers compte ses ancêtres exemplaires, ses saints et ses pas fins. Les Lavoie ne font pas exception.

Micheline Lavoie-Dussault, une sainte de patience et la secrétaire-généalogiste de la grande famille, nous présente quelques Lavoie remarquables ou originaux venus de tous les milieux.

– En 1690, la flotte de l’amiral Phipps, partie de Boston pour attaquer Québec, jette l’ancre à la pointe de Rivière-Ouelle pour se ravitailler en eau potable et en viande fraîche. Les habitants n’entendent pas se laisser piller. Sous la conduite de leur curé, l’abbé de Francheville, un géant physiquement, qui, comme ses paroissiens, a sorti son meilleur fusil de chasse, ils attendent les Anglais de pied ferme. Après quelques salves nourries, les hommes de Phipps retournent, en catastrophe, dans leurs chaloupes. Parmi ces vaillants habitants de Rivière-Ouelle qui font le coup de feu contre les Anglais se trouve Jean Lavoie, le propre fils de l’ancêtre René.

– Alphonse-Joseph Lavoie, né à Longueuil, en 1876, est membre de la Society of Automative Engineers. Il rêve de créer sa propre voiture et de la commercialiser. Il réussira la moitié de son programme. Ce sera la Lavoie Sedan 1923. Malheureusement, cette merveille ne sera jamais produite en série. Un journaliste du Nouvelliste pourra écrire de Joseph Lavoie :  » Il mourut (en 1941) comme il avait toujours vécu, les poches vides et la tête pleine d’idées « .

– En 1890, le gouvernement d’Honoré Mercier permet aux familles québécoises de 12 enfants et plus de bénéficier gratuitement de cent acres de terre publique. Parmi les familles bénéficiaires, on relève 31 familles Lavoie.

– En 1867, une famille Lavoie de l’Île aux Grues donne deux de ses fils, Eustache et Eucher, au pape Pie IX pour combattre Garibaldi, qui veut unifier l’Italie et menace le pouvoir de l’Église de Rome. Ils en reviendront sans avoir jamais vu ni le pape ni Garibaldi. Mais ils étaient là.

– Les Lavoie ont le pied marin. La Maison de la Trinité dirigeait, au début du XIXe siècle, la navigation sur le fleuve. Elle a compté dans ses rangs au moins 16 Lavoie qui ont exercé professionnellement le beau métier de pilote du Saint-Laurent.

Louis-Guy Lemieux, Le Soleil 

2 réflexions sur “René de la Voye – Prise 2

  1. Certaines mauvaises langues vont jusqu’à affirmer que René est à l’origine du concept de La Voix…

    Rivière-Ouelle, hein? Décidément, on ne s’en sort pas… À croire que le petit village est le berceau du Canada français!

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