Irène

Coup de fil au travail.

Ma mère, qui avait toujours évité de déranger le plus possible, m’appelle pour me dire qu’elle ne se sent vraiment pas bien. Nausées. Vomissements. Etc.

Je me présente chez elle et, quelques instants plus tard, elle est en route pour l’hôpital, soins intensifs, diagnostiquée d’un épisode cardiaque. La dernière fois que je l’ai vue, deux jours plus tard, elle était calme et sans douleur. Elle m’a même souri en m’envoyant la main et en me disant: À demain!

Je suis parti un peu rassuré… mais aussi un peu anxieux à l’idée de devoir la placer, à plus ou moins brève échéance, dans une maison de convalescence, puis dans une maison pour soins de longue durée. Je savais qu’elle ne voudrait pas de cette alternative. Je l’avais vu dans son regard quand, avec le plus de ménagement possible, j’avais évoqué la possibilité, le jour même. Et je comprenais parfaitement.

Le lendemain, le Jour du Souvenir, l’hôpital appelle pour me dire que ma mère a été transférée dans une chambre, mais qu’il s’était produit une complication depuis et que je devrais me présenter le plus tôt possible.

Je ne me rappelle rien du trajet entre mon domicile et l’hôpital… rien, sauf le fait de demander dans ma tête que l’épisode connaisse une issue, quelle qu’elle soit, le plus rapidement possible. À mon arrivée, il était évidemment trop tard. Mon voeu avait été exaucé, en quelque sorte. J’ai décliné l’invitation de me recueillir une dernière fois auprès de ma mère d’abord parce que je ne m’en sentais pas la force et ensuite parce que je voulais garder dans ma tête l’image sereine et souriante de quelqu’un que j’aimais beaucoup et qui m’avait aimé, encouragé et accompagné chaque jour durant les 36 premières années de ma vie.

Un pan énorme de mon existence venait de s’écrouler mais, tout orphelin que j’étais devenu et une fois le choc initial passé, j’étais surtout heureux que ma mère ne souffre plus là où elle était.

Trente ans plus tard, il ne se passe guère une semaine sans que je pense à elle, ne serait-ce que quelques secondes chaque fois. On dit que le temps efface les peines. C’est exact, mais il serait sans doute plus exact de dire qu’il les estompe. Le fond reste.

_____________

Bonne journée, Pierre.

Fais ce que tu veux de ce qui précède…

Irène

6 réflexions sur “Irène

  1. Cher Michel
    Quel beau texte rempli d’amour. Ce qui me frappe du visage d’Irène c’est son regard intelligent et lumineux. Il évoque beaucoup de sensibilité. Les personnes que nous avons vraiment aimées vivent dans un coin de notre cœur. Elles nous habitent, nous ressentons intimement l’amour que nous avons reçu.

    • Lise-Andrée, ma mère était objectivement une belle femme; mais par delà la beauté, il y avait l’empathie, la luminosité comme tu l’as bien fait observer, mais surtout un amour indéfectible pour sa petite famille.

      Les mères marquent à jamais l’imaginaire.

  2. C’est heureux de ne pas oublier nos parents C’est qu’il y avait quelque chose de ne pas terminé (j’avais 15 ans) et me voilà 50 ans plus tard
    merci

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