L’abandon

Ça fait longtemps que je veux vous parler de l’abandon. Pas que j’ai été adopté, du moins je pense que je suis sûr et certain même si mon père m’avait déjà dit que je n’étais pas son fils.

Un moment de colère je suppose…

Revenons à l’abandon.

J’ai beaucoup de mal à vous abandonner seul avec vos petites questions. Peut-être parce que j’ai dû mal à supporter l’abandon. Je ne m’étais pas rendu compte de ça.

Ça devait être profondément enfoui dans ma tête de petit enfant et ça doit expliquer ma passion pour la conservation des vieilles photos de ma mère.

En voici une toute nouvelle…

Gilles 001

Elle est toute vieille. Elle a dû passer une bonne trentaine d’années dans une boîte à l’humidité. Mon frère me l’a apportée avec quelques autres quand on s’est revu en janvier. J’étais très content de revoir mon frère et aussi de revoir ma mère.

Quand je vois cette photo de ma mère, ça me rappelle l’abandon. Comme cette photo de Joachim Tellier, tirée du petit album vert que j’avais conservé sans trop savoir pourquoi il y a une trentaine d’années.

Pierre 035

Joachim Tellier

Joachim était un petit orphelin, du moins je pense qu’il était orphelin, ou il avait été abandonné à sa naissance par ses parents. Mes parents l’avaient amené quelquefois à la maison. Un peu comme une famille d’accueil temporaire. Je me rappelle pas beaucoup des détails.

Joachim est aussi sur cette autre photo. Il est à droite, la main sur l’épaule de mon frère Gilles.

Photos de famille 034

On voit qu’il est plus vieux que sur la première photo prise probablement au parc Lafontaine à Montréal. Moi, je suis le ti-gars sur la galerie arrière du 4728 De Laroche, tout souriant à côté de mon frère. On serait en 1956. Mon oncle André, né en 1942, est aussi sur la photo.

Joachim Tellier est disparu dans la mémoire de mon enfance, mais pas complètement.

J’ai appris plus tard, il y a quand même longtemps de ça, qu’il était mort de la morsure d’un singe alors qu’il travaillait dans un laboratoire. Je n’en sais pas plus sur Joachim.

En fait, son nom n’aurait jamais dû être Joachim Tellier. Il aurait été "abandonné" par ses parents à sa naissance.

Il n’était pas le seul dans ce temps-là.

L’abandon, ça laisse des traces indélébiles que l’on soit abandonné à sa naissance ou abandonné plus tard dans sa vie.