L’histoire de Jean-Marie Bohémier: la suite

Voici maintenant la suite de l’article paru dans le journal La Minerve concernant les funérailles du docteur Jean-Marie Bohémier.

Une copie de lettre adressée à un individu de Napoléon, et trouvée parmi ses papiers, fait voir jusqu’à quel point il aimait l’honnêteté. « Vous avez, disait-il, abusé de ma confiance en me volant $300. Je vous les donne avec plaisir si cette dernière faveur peut vous rendre “ honnête homme ”.

Le Dr. Alfred Marion, établi aujourd’hui à Philadelphie, celui qui apprit la triste nouvelle à la famille, par l’entremise de M. Dansereau, de la Minerve, et qui a été son compagnon dans les armées américaines, rend le plus beau témoignage de son dévouement dans le service, non seulement à soigner les blessés, qui lui vouaient un culte, mais encore à les consoler… Aussi, le Dr. Marion donna-t-il, en cette circonstance, des preuves de son dévouement qui ne peuvent s’accorder qu’à un ami qu’on affectionne comme un frère, et les lettres qui suivent son télégramme contiennent l’expression de la profonde douleur qu’il ressentait de cette perte.

À Little Rock, la population entière considérait le Dr. Bohémier comme un bienfaiteur, un ami, un frère qu’elle pleure chaque jour. « Malgré la stupeur qui régnait parmi la population, effrayée de l’épidémie, écrivait un des amis du défunt, on ne put empêcher une foule de femmes et d’enfants de pénétrer dans ses appartements et d’assister aux funérailles qui eurent lieu quatre heures après son décès. » Aussi le Dr. Bohémier s’était-il sacrifié pour l’humanité souffrante; depuis la guerre, les médecins de la ville, réunis en association, avaient résolu de ne plus accorder leurs soins à une population en partie ruinée, sans paiement préalable. Le Dr. Bohémier ne voulut jamais faire partie de cette association et dit à ses confrères, qui le racontent, que jamais il ne laisserait mourir un de ses semblables sans secours, et de fait, disent-ils, il ne refusa jamais les lumières de sa science et même les secours de ses moyens aux pauvres nombreux qui venaient frapper à sa porte et le jour et la nuit.

Nommé médecin de la ville depuis quelque temps, et quoiqu’occupant une des plus belles positions qu’un jeune homme puisse envier, il ne put refuser le poste dangereux de la quarantaine de Memphis, pendant la terrible épidémie qui décima la population l’automne dernier, poste que personne ne voulait accepter; il y trouva la mort, mais une mort glorieuse, que les journaux du lieu proclament être celle d’un martyr de son dévouement.

Cette charité le retenait cloué au milieu de ces populations qui lui portaient tant d’affection.

La fin demain…