Tourlou de Lou…

Je suis tombé sur cet article sur le blogue de Tourlou de Lou.

Tourlou de Lou parle de son père.

Je ne connais pas personnellement Tourlou. J’avais parlé de son oncle Carlo Piccoli sur mon ancien blogue.

Il avait été à la guerre…

Voici son texte :

Hommage à mon père:

Paul-Émile Gervais 1920-2001

Cher papa,

tu nous a quitté le 5 avril 2001 pour le grand voyage. J’aurais aimé te voir fêter tes 100 ans mais Dieu a voulu t’en laisser 80. Tu as mené une vie simple et laborieuse. Ton enfance n’a pas été des plus heureuse: il y eu la perte de ton père alors que tu n’avais que 8 ans et les 5 années suivantes passées à l’orphelinat avec tes frères.  Ta mère veuve à 39 ans après 13 grossesses, a du chercher du travail après avoir réglé le sort de ses 9 enfants vivants.

A 14 ans, frêle et maladif, tu désirais travailler à l’usine Dominion Textile.

Chaque matin, tu te présentais à l’embauche  de l’usine  et à chaque fois, ta candidature était refusée.

Après 15 jours de siège intensif, ta ténacité fut récompensée et tu as obtenu cet emploi que tu as conservé pendant une période de 16 ans.

Pour 55 heures de travail par semaine, tu gagnais 10 ou 11 cents de l’heure  en 1934.   C’était peu et tu remettais tout ton salaire à ta mère, veuve depuis quelques années.

Tu reçevais  un gros 25 cents en argent de poche et tu économisais  pour te payer une chemise et un col (cravate) et quelques années plus tard,  payer ton entrée au cinéma et celle de la fille qui t’accompagnait.

A l’hiver 1943, un ami t’invite à patiner  et même si cela ne te tente guère, tu te rends à la patinoire du quartier.  L’amour t’y attendait en la personne d’une petite femme à la chevelure couleur charbon et aux yeux bruns pétillants.

Par deux fois, cette coquine t’a fonçé dedans. Elle se nomme Alice Cardinal.

Treize mois plus tard, les cloches sonnent le 10 avril 1944.  C’est votre mariage.

Mariage tout simple car vous êtes pauvres, tous les deux.  La veille du mariage, ta mère t’a laissé ta dernière paye.  Tu gagnes 50 cents de l’heure.

Montréal vivait une crise du logement. Vous avez habité 3 mois en chambre chez Laura, la tante de ta femme.

Ta mère t’a déniché un logement à 10$ par mois mais tu as dû payer 150$ pour obtenir la clé et les quelques vieux meubles laissés pour compte.

Tu as rafistolé les meubles,  tricoté des carpettes, fabriqué des lampes pour meubler votre misérable petit logis.

En homme droit et bon, tu as fait vivre ta famille en y mettant tout ton coeur. Matériellement tu n’as possédé ni maison ni auto. Un accident de travail est même venu ternir les dernières années de ta vie de travailleur.

Une compensation monétaire t’a permis de réaliser ton rêve: te rendre à Hawaï. Tes yeux brillaient lorsque tu nous parlais de ton voyage.


Tu te sentais prêt à y retourner n’importe quand.

L’âge venant, la maladie t’a donné rendez-vous. Lorsque je te quittais, je te voyais pleurer entre les lattes du store.  Tu sentais la mort rôder et cela te peinait d’avoir à partir.  Le 5 avril 2001 alors que tu devais être opéré ce jour-là, doucement après un arrêt cardiaque, ton coeur a cessé de battre et ton âme s’est envolée.

Le 12 mars 2005, ta femme Alice t’a rejoint pour toujours et à nouveau,vous marchez les pieds dans le sable à Hawaïi. C’est ainsi que j’aime penser à vous.

Merci papa pour ton amour.

Votre fille.

Ça se passe de tout commentaire…