Georges Farah-Lajoie : Le maître détective de Montréal

Je ne sais jamais où mes articles m’amènent. On parlait de chars la semaine dernière et d’Eugène Limoges…

Cette idée de remettre la photo de 1914 que Yvon Lauzon m’avait envoyée en 2008 et j’ai commencé à douter de la date de la photo.

Je me croyais à tort en 1910 et je pensais que les gens partaient pour le Congrès eucharistique de 1910 qui se tenait à Montréal…

Rien n’est prémédité dans ce qui suit.

Je vous le jure.

Attendez de voir la fin de cette histoire prise sur ce site…

N’allez pas voir tout de suite, vous allez manquer le « punch »

Georges Farah

Plusieurs personnalités de la communauté syrienne-libanaise se sont distinguées, à divers titres, dans la société québécoise.

Mentionnons par exemple René Angélil, le célèbre agent et époux de Céline Dion, la famille Rossy, propriétaire d’une chaîne de magasins du même nom, le juge Albert Malouf, qui a entre autres présidé la Commission d’enquête sur le coût des installations olympiques. Au début du 20e siècle, un nom se trouve fréquemment cité dans les journaux de l’époque à cause de ses exploits et de ses actes de bravoure : Georges Farah.

Immigrant syrien originaire de Damas, Georges Farah est arrivé à Montréal vers 1900, à l’âge de 24 ans. Il a étudié dans un collège français à Jérusalem où il traduisit son nom « Farah » de l’arabe au français, devenant ainsi Georges Farah dit Lajoie. Il se marie en 1902 avec une Canadienne française, Marie-Anna Chartré. Lorsqu’il meurt en mars 1941, à l’âge de 65 ans, il laisse dans le deuil, outre sa femme, cinq fils et deux filles.

En 1906, Georges Farah-Lajoie devient agent au service de police de Montréal, il est tout d’abord policier, puis, à partir de 1910, il travaille à titre de détective de la Sûreté de Montréal. D’après des articles de l’époque, ses bons états de service et sa maîtrise des langues – il parle arabe, français et anglais – lui valent sa promotion.

Georges Farah-Lajoie était un enquêteur compétent qui a résolu de nombreuses affaires criminelles au cours de sa carrière.

Graduellement, il est devenu un véritable personnage.

Plusieurs de ses exploits et de ses actes de bravoure ont été couverts par la presse aussi bien francophone qu’anglophone.

Les journaux le décrivent comme l’un des meilleurs détectives de la ville.

La Presse titre « La bravoure d’un policier », on y apprend que « Le constable syrien Georges Farah dit Lajoie du poste no 3, coin Ontario et Beaudry, vient de se signaler de nouveau en accomplissant un exploit vraiment héroïque. ». Il sauve en effet une fillette « qui allait être impitoyablement broyée sous les roues d’une voiture électrique ».

Un article dans un journal de langue anglaise de l’époque fait de lui « a man whom criminals fear », un homme que craignent les criminels.

En 1922, on lui confie une affaire qui s’avéra être la plus complexe de sa carrière : le meurtre de Raoul Delorme.

Cette affaire suscita la controverse et fut largement couverte par les médias.

La Presse écrivait même à la une, le 15 février 1922 : « Jamais, dans les annales criminelles du Canada, un meurtre n’avait encore suscité un intérêt aussi général et considérable. »

Farah-Lajoie connut ainsi une heure de gloire dans sa carrière d’enquêteur avec l’affaire Delorme, comme on l’appela alors Affaire Delorme

L’affaire commence au matin du 22 janvier 1922 quand un corps est trouvé dans la neige dans le quartier Snowdon, à Montréal.

Le sergent-détective Farah-Lajoie se voit confier la direction de l’enquête. Le corps est celui de Raoul Delorme, un étudiant en commerce et benjamin d’une famille aisée de la rue Saint-Hubert.

Quelques jours plus tard, l’enquête de Farah-Lajoie l’amène à conclure que Delorme a été assassiné par son frère, l’abbé Adélard Delorme, un prêtre catholique ayant la réputation de mener grand train. Ce dernier est donc accusé de meurtre sur la base des preuves recueillies par Farah-Lajoie.

L’accusation suscite évidemment la controverse, certains n’acceptant pas que l’on accuse de meurtre un prêtre de l’Église catholique romaine.

Au lendemain du premier procès, au cours duquel le jury trouve l’abbé Delorme mentalement inapte à subir son procès, Farah-Lajoie publie un livre intitulé Ma version de l’affaire Delorme dans lequel il donne les détails de son enquête et met en évidence les preuves de culpabilité d’Adélard Delorme.

L’affaire sera ramenée trois fois devant les tribunaux, entre 1922 et 1924.

Lors du dernier procès, le jury déclare finalement Adélard Delorme « non coupable ».

Georges Farah-Lajoie fut vivement critiqué par certains dans cette affaire alors que d’autres le considèrent comme un héros.

Farah-Lajoie poursuivit sa carrière de détective jusqu’à la fin des années 1920.

Le 10 décembre 1929, un journal anglophone nous apprend que Georges Farah-Lajoie réclame une pension de 330 $ pour vingt-deux années de service dans la police montréalaise.

Il aurait été démis de ses fonctions en 1927, après s’être présenté aux élections municipales pour devenir conseiller de Ville-Marie. Dans sa plateforme électorale, il prévoyait entre autres une réorganisation du service de police, ce que ses supérieurs n’auraient pas apprécié.

Espérant être réintégré dans ses fonctions, Farah-Lajoie aurait donné des explications à ses supérieurs qui semblaient les satisfaire, mais on le renvoie finalement le 19 décembre parce qu’un examen médical l’aurait jugé inapte au service.

La ville refuse aussi de lui verser une pension.

Il travaille ensuite à son compte comme détective privé. En 1939, il est agent spécial attaché au bureau du Procureur général à Montréal.

À sa mort, à 65 ans, ses exploits passés sont à nouveau relatés dans les journaux, comme ce complot déjoué seul et de sa propre initiative au moment du Congrès eucharistique de 1910, empêchant ainsi la destruction du maître-autel érigé sur les flancs du mont Royal.

Il laisse le souvenir d’avoir été, comme l’écrit un quotidien francophone, «l’un des plus brillants limiers qu’ait connus [Montréal]».