Un secret bien gardé : la fin

Voici la fin de l’histoire…

C’est à partir de ce moment que s’est terminé pour moi ma tranquille certitude sur l’origine catholique de ma famille et sur celle des autres familles qui forment le peuple québécois. Profondément troublé par cette crise d’antisémitisme, je commençai une longue recherche, qui a duré des décennies et qui se poursuit encore.

Dans un premier temps, j’ai retracé les différents patronymes portés par les membres de ma famille au cours du 16e et 17e siècles.

Le surnom de Juif Élie fut, semble-t-il, le premier patronyme connu.

Ensuite on trouve Juiellineau, dont l’orthographe est plus intégré à la prononciation locale.

Puis le patronyme évolua sous la forme de Jullineau, jusqu’à la Révolution française.

Au milieu du 17e siècle, mon ancêtre en France persiste à signer son nom sous la forme de Gellineau, qu’il transforma de nouveau en 1659, un an après son arrivée au Québec, en Gélina, francisation du patronyme espagnol Gélida.

Mes recherches ont continué ainsi jusqu’au jour où nous avons trouvé en France, aux Archives départementales de la Charente-Maritime, à La Rochelle, les contrats de notaires signés au 17e siècle sous le nom d’Étienne Gellineau, tandis que les notaires écrivaient sur les contrats Étienne Jullineau.

À mon grand étonnement, on trouve dans le contrat daté du 23 mars 1642 (3E 2670), pour la première fois, la trace de l’existence de la petite communauté crypto-juive qui a habité la ville de Saintes. J’avais fini par la croire disparue ! Nous trouvons dans ce contrat le nom caché d’un rabbin nommé Da Mosen. Le Da devant le nom Mosen signifie dans la tradition espagnole : Dayan .

Dans ce premier contrat de notaire, l’ancêtre Étienne Jullineau déclare être âgé de 18 ans, demeurer chez Mathurin Da Mosen (le rabbin Da Mosen) et être son élève.

Plus loin, le notaire écrit sur le contrat qu’Étienne Jullineau est accompagné par Mathurin Da Mosen, dont le métier officiel est Maître sargier, et que celui-ci accepte d’être témoin de l’exécution du jugement prononcé par le juge de la cour seigneuriale de St-Eutrope, soit la vente d’une vigne par un certain Pierre Horry (Uri) à Étienne Jullineau.

L’acceptation du rabbin Da Mosen d’être témoin de la transaction devant le notaire, nous laisse supposer que la transaction touche deux membres de sa communauté et qu’il est très lié avec Étienne Jullineau. Il est même raisonnable de penser qu’il lui enseignait non seulement le métier de sargier (tissage), mais aussi le judaïsme !

Étienne étudiait-il pour être un jour le remplaçant du rabbin Da Mosen auprès de la petite communauté crypto-juive de la ville de Saintes ?

La question est troublante !

Depuis l’édit de François Ier, en date du premier juin 1540, le Parlement de Bordeaux était seul habilité à prononcer une condamnation de mort pour le plus grand crime que l’humanité connaissait à cette époque, le crime d’hérésie.

Quoique c’était surtout les protestants de France qui attiraient le plus l’attention de l’inquisition. Il n’en reste pas moins, que les crypto-Juifs devaient se surveiller.

On brûlait les hérétiques sur les bûchers de Libourne et de Saintes.

En 1658, tout comme des milliers d’autres crypto-Juifs, Étienne Jullineau (Gélinas) et son fils Jean, âgé de 12 ans, prennent le bateau en direction de la Nouvelle France.

Si vous arrivez par hasard sur cet article, cliquez ici pour lire le premier article et ici pour lire le deuxième.

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