Quelques traits d’union entre deux années… Prise 2

Je ne voulais pas modifier le beau texte de Michel. Le revoici avec quelques-unes de ses photos.

Mon premier titre allait se lire comme suit:  »À la recherche de traits d’union en passant par la Porte de Venise ».

J’ai trouvé quelques-uns des premiers, mais je n’ai jamais pu franchir le pas de la seconde.

Et ça a été ma plus grande déception.

Quelques traits d’union entre deux années, là où je savais que je les trouverais: dans le minuscule cimetière de Manseau, le but géographique ultime de mon périple où je n’ai pas trouvé âme qui vive — sans jeu de mots. Que de vies résumées dans ces petits traits gravés dans le granit: celui de mon oncle, de ma tante, de ma cousine préférée, douce et gentille, happée mortellement par une voiture alors qu’elle descendait du tramway à Montréal (elle était étudiante à l’université, et elle avait 23 ans). Dans ces traits d’union, j’ai vu le piano qui trônait dans le salon, j’ai humé le café fraîchement torréfié qui m’attendait tous les matins, j’ai vu mon oncle fumant la pipe ou le cigare assis dans son fauteuil l’air sérieux tandis que ma tante s’affairait à la cuisine; j’ai vu leurs pleurs, apprenant la nouvelle de cette mort tragique; j’y ai aussi vu le sourire que m’adressait ma cousine Suzon la dernière fois que je l’ai vue… Puis il y avait tout le reste de cette famille, dont à peine les prénoms m’étaient familiers et que je n’aurai jamais rencontrés. Leurs traits d’union à eux et à elles… quels souvenirs évoqueraient-ils en moi si je les avait côtoyés de leur vivant? Je ne le saurai jamais, et la perte sera mienne.

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Puis, le cimetière de St-Cyrille de Wendover, patelin où ma mère est née et a sans doute passé les premières années de sa vie. Où mon oncle Gérard est né et est mort six mois plus tard. Où mes grands-parents ont vécu un temps. Cet endroit-là où plus d’un siècle plus tard, leur fils, leur neveu et leur petit-fils se présentera en quête de traits d’union. Au bout du compte, dans cette immensité de pierres tombales, je n’ai jamais trouvé où reposait mon oncle, et je n’avais guère d’espoir en ce qui concerne mes ancêtres, Arthur et la belle Julia. De mon oncle Gérard, je ne m’attendais qu’à trouver une petite plaque avec un prénom et deux dates (1er juillet 1903 – 27 décembre 1903). Dans son cas, le trait d’union aurait tout dit. Point besoin d’ajouter ou d’imaginer quoi que ce soit.

Ce sont ces plaques toutes simples qui m’attristent le plus. Une vie résumée en deux chiffres et un trait d’union. Le trait qui unit le berceau et le tombeau.

J’ai complété mon périple comme je l’ai commencé: là où je savais que je trouverais. Ce trait d’union là, je savais un peu plus ce qu’il recelait, ayant vécu cette réalité aux premières loges toute ma vie durant. Et pourtant, à chacune de mes visites, je me surprends à penser que je serais bien embêté si on me demandait de mettre une âme autour du trait d’union. Mon père repose en paix entre la montagne et la rivière. Et c’en est bien ainsi.

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Et la Porte de Venise, dans tout ça? Ça n’a aucun rapport, et ça a tout à fait rapport. La Porta Venezia est un restaurant du Vieux-Rosemont, à Montréal, où l’on sert de la cuisine italienne; il est situé au 3961 de la rue Masson. Il y a trois quarts de siècle, à quelques années près, mes parents y exploitaient un petit commerce, une épicerie-boucherie, à l’époque où ils se sont épousés. (La chose est d’ailleurs expressément mentionnée, avec adresse à la clé, dans l’acte de mariage, que j’ai retrouvé tout récemment) Je me faisais une fête à l’idée de fouler les lieux mêmes qu’ils ont fréquentés il y a si longtemps. Les traits d’union ne seraient plus gravés dans le granit… ils flotteraient dans l’air. Je ne sais trop pourquoi, j’avais l’impression que j’y trouverais quelque chose de spécial… d’intangible.

À mon arrivée m’attendait… un imprévu… de taille. Le restaurant était fermé. Pour de bon.

Un autre rendez-vous raté.

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Lorsque Pierre et moi nous sommes quittés à la fourche des chemins il y a près d’un demi siècle, ni l’un ni l’autre n’entretenait la moindre idée de retrouvailles toutes ces années plus tard. Nous avions tous deux choisi de communiquer, chacun à sa manière : Pierre avec son tableau, moi avec mon dictionnaire. Pierre, à l’époque, faisait dans les cartes du ciel et il s’y appliquait avec la même passion qu’aujourd’hui avec ses arbres. Pierre est un passionné, un passionné par son passé et, tout aussi logiquement, par sa descendance. Son passé, comme celui de celles et ceux qui frappent à sa porte en quête d’assistance. Pierre est généreux de son temps, comme de ses énergies. Quand Pierre choisit d’embrasser un projet, de quelque ampleur qu’il soit, il s’y adonne à fond. À l’instar de bien d’autres, j’aurai abondamment profité de cette rencontre fortuite après tant d’années. Mais, tout comme Pierre, je ne crois pas au hasard. Au bout du compte, les rendez-vous ne sont pas TOUS ratés.

Tel mon ami Pierre, je continuerai de gratter avec les fort modestes outils à ma disposition. Pour moi, c’est ce à quoi sert la généalogie au bout du compte: à servir de trait d’union entre le passé, le présent et l’avenir, à déterrer des liens qu’on croyait enfouis pour de bon qui nous apprennent à mieux connaître ceux et celles qui nous ont donné la vie et, ultimement, à mieux nous connaître nous-mêmes et à laisser cette connaissance nouvelle en héritage à celles et ceux qui nous suivront.

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