Il était une fois un journal

Voici le texte écrit par Jacques Gagnon.

Si vous suivez religieusement mon blogue, Jacques n’est plus un inconnu.

Sans plus tarder, je cède ma plume à Jacques, le neveu d’Eugène Gagnon.

 

Il était une fois un  journal

Jacques GAGNON

«Met French Gangon & we bummed around together for a while. Pretty good little French Boy from Quebec.»

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            Ces deux petites phrases écrites en 1942 dans le journal intime particulièrement détaillé d’un pilote américain allaient créer tout un émoi autant en Floride qu’au Québec.

Traduction instantanée : «Rencontré Français Gangon & avons flâné ensemble pendant un moment. Très bon p’tit Français du Québec.»

Pourquoi cette excitation? Tout d’abord parce qu’il s’avère que ce p’tit Gangon est nul autre qu’Eugène Gagnon DFC (Distinguished Flying Cross), de Bromptonville dans la banlieue de Sherbrooke, un célèbre pilote de Mosquito pendant la Deuxième Guerre mondiale.

september-19451

Ensuite, la découverte de ce journal a fait croire pendant un certain temps qu’il s’agissait du journal d’Eugène lui-même. De quoi rendre euphorique tous ceux qui s’activent à perpétuer la mémoire de cet authentique héros hélas! méconnu. Moi, pour un, je criais au miracle pour la première fois de ma vie.

Ce n’était pas un miracle, mais quelle histoire que celle de ce livre aux pages jaunies.

Tout a commencé chez Marc Revlon, un citoyen français qui habite à Ocala, dans le centre de la Floride, avec sa femme Marina. Marc est homme d’affaires prospère à la retraite. Il est âgé de 83 ans. Il vit aux États-Unis depuis l’âge de 17 ans et demi.

En 1970, Marc a loué pour une période de 25 ans un édifice dans la région de Miami. Le locataire précédent avait abandonné des boîtes de documents. L’une d’elle, qu’il a conservée, contenait le fameux journal. En mars dernier, alors qu’il met de l’ordre dans ses choses, un petit livre en simili cuir vert l’intrigue d’autant plus que son  état laisse deviner un usage intensif.

journal13

Il l’ouvre et dans le haut de la page 3 apparaît l’inscription manuscrite :

journal

«Gene»

Sgt Pilot Eugene Gagnon

# 7 B & G School

Paulson, Man.

C’est écrit à l’encre sur un papier blanc qui a été collé à cet endroit. On voit que c’est découpé.

Pour Marc Revlon, aucun doute : il s’agit bel et bien du journal d’Eugène Gagnon. «Est-il encore vivant», se demande-t-il? Si oui, comment le retrouver pour lui faire parvenir son journal. Il n’a pas de computer (comme il le dit) pour effectuer des recherches. Il se rend donc à la bibliothèque municipale et demande l’aide d’un jeune bibliothécaire du nom de Casey Drexel pour tenter de retrouver Eugène ou un membre de sa famille. Nous sommes le 28 mars dernier.

Casey tape le nom de notre héros et tombe sur un des blogues de Pierre Lagacé, un des plus ardents promoteurs d’Eugène et qui a contribué et qui contribue toujours à faire connaître son glorieux passé militaire. Pierre lui donne mon nom. Il n’en faut pas davantage pour que la machine s’emballe.

Grâce à Casey je peux prendre contact avec Marc Revlon. Notre première conversation dure une heure. Il s’enthousiasme à l’idée de me faire parvenir le journal. Je lui ai évidemment appris la fin tragique de mon oncle en 1947.

Sans perdre de temps, je communique avec Ghislaine Laporte, la fiancée qui devait l’épouser quelques jours plus tard. Elle n’en croit pas ses oreilles et, comme toute la bande, a hâte de découvrir les détails de ce que son homme a pu faire chaque jour de 1942.

Marc retourne voir Casey Drexel, le 3 avril, avec le journal. Casey le consulte et s’emballe à son tour. Il m’écrit qu’il est en bon état et devrait m’enflammer. Il en profite pour imprimer à l’intention de Marc l’ardente histoire de la fiancée : «Ghislaine Laporte n’a jamais oublié son premier amour». Ghislaine commence donc à être connue en Floride.

La question qui se pose inéluctablement à ce moment-là: comment un tel document est-il parvenu en Floride?

La réponse arrive deux semaines plus tard lorsque je reçois le journal. Ce n’était pas celui d’Eugène mais plutôt celui d’un pilote américain, Lawrence Walter Montague, de Coral Gables, Floride.

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Montague s’était enrôlé dans notre Royal Canadian Air Force. Il était affecté au Course 44 (6 déc. 1941 – 27 mars 1942) à la base de Dunnville, en Ontario. Il a ensuite été transféré dans la United States Army Air Force. Eugène vivait alors sur la même base puisqu’il suivait dans le Course 46.

Quant à l’inscription de la page 3, il s’agit bien de l’écriture d’Eugène. Pierre croit que c’est découpé dans une lettre.

Cela nous ramène au début de ce texte. Quelle histoire! À la suite d’un concours de circonstances invraisemblables, le journal intime d’un pilote américain décédé en 1990, se trouve présentement dans un coin perdu des Cantons de l’Est.

Je l’ai évidemment lu au complet. C’est un véritable roman. Je me contenterai de dire que c’est l’histoire d’un Américain à l’égo démesuré mal dans sa peau.

Quelle direction prendra ce journal à partir de Maricourt? La réponse appartient à ce chercheur exceptionnel qu’est Pierre Lagacé.

 

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5 réflexions sur “Il était une fois un journal

  1. The googlechrome is sometimes a little rough in translating, but if I understand correctly, this is one fantastic story. It’s a good thing you added – "This is a true story."

    • This text is written by Eugène Gagnon’s nephew.
      He just wrote it and I published it right away adding a few images.
      I hope some relatives of Lawrence Walton Montague will contact me.

  2. Toute une découverte sensationnelle ! Si cela m’arrivais et que je voyais J.B. Clements, je resterais figé sur place et prendrait quelques minutes, heures ou l’ouvrirais le surlendemain! Il m’est arrivé une histoire semblable! j’étais vraiment figé. Le lendemain, j’ai ouvert le petit cahier et les noms inscrits à l’intérieur étaint ceux de hauts dirigeants de la Ville. Même le nom du Premier Ministre de l’époque, monsieur Maurice Duplessis était là! Alors j’imagine la famille Gagnon! Le petit livre en question a été remis aux autorités concernées et se retrouve maintenant au musée de la région. Mais pour la famille Gagnon, je suis certain qu’il vont le conserver dans un endroit sûr.

    Amicalement Pierre,

    Roger Clements

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