L’ancêtre Labatt de la semaine: Abraham Martin

On débute l’année internationale de la généalogie Labatt dans la controverse…

Avant, il faut savoir qui est ce fameux Abraham Martin…

Abraham Martin
Ce personnage obscur de l’histoire donne malgré tout son nom aux Plaines et à la côte d’Abraham
Louis-Guy Lemieux

Il est l’un des acteurs les plus insignifiants de l’histoire de la Nouvelle-France. Un personnage obscur. Un simple figurant. Un antihéros. Paradoxalement, il a donné son nom à deux meubles dorénavant immuables de la cité de Champlain : la côte d’Abraham et les Plaines d’Abraham.

Le 15 février 1649, la petite colonie locale est sous le choc. Abraham Martin, âgé de 60 ans, un compagnon de Champlain et le chef d’une famille aussi nombreuse que respectée, est jeté en prison.

L’acte d’accusation dit qu’il a forfait à l’honneur avec une luronnesse de 16 ans. En clair, cela veut dire que ce vieux cochon d’Abraham a débauché une jeune fille de Québec. Trois mois plus tôt, son épouse lui avait donné un neuvième enfant. Ce sera le dernier.

Abraham Martin arrive à Québec à l’été de 1617. Selon toute vraisemblance, il a fait le voyage sur le même bateau que Louis Hébert. Lui aussi est accompagné de sa famille : sa femme Marguerite Langlois, sa soeur Françoise et son beau-frère Pierre Desportes. Ces derniers auront une fille, Hélène, qui sera la filleule du fondateur de Québec. La même Hélène mariera, en secondes noces, Médard Chouart des Groseillers, le coloré explorateur, commerçant de fourrures et cofondateur de la Hudson’s Bay Company.

Dès son arrivée, notre Abraham Martin n’a rien de plus pressé à faire que de se fondre, anonyme, dans le petit monde des premiers colons.

C’est beaucoup plus tard que les historiens retrouveront ses traces à travers la culture populaire locale qui imposera son nom. D’abord dans la toponymie de Québec sous le Régime français et dans des actes notariés qui font référence à la côte d’Abraham.

Un plan de Québec, daté de 1734, indique une rue Abraham. Puis, plus tard, on retrouve le prénom prédestiné dans les récits des grandes batailles historiques de 1759 et 1760, écrits signés par des officiers anglais et publiés à Londres, ou dans le journal du chevalier de Lévis.

Le testament de Champlain Le nom d’Abraham Martin apparaît aussi dans le controversé testament de Champlain signé en novembre 1635, deux mois avant la mort du fondateur. Notre histoire est jeune de bien des façons. L’original du testament ne sera découvert que 324 ans plus tard, précisément en août 1959, par l’historienne et archiviste Olga Jurgens, et publié en 1963.

Dans son testament, Champlain « donne à Abraham et à sa femme six cent livres à charge qu’ils les emploient à défricher des terres en ce pays de Nouvelle-France» . Le fondateur donne aussi 600 livres à Marguerite, fille d’Abraham, « pour l’aider à se marier à un homme en ce pays de la Nouvelle-France et pas autrement» .

L’original du testament permet de préciser que si Champlain ne laisse rien ou si peu à sa veuve de ses biens et propriétés de Québec, il lui accorde la plus grande partie de son patrimoine en France.

La terre du coteau Sainte-Geneviève

En 1863, l’historien J.-B.- A. Ferland se met sur la piste du grand vicaire Thomas Maguire. Ce dernier avait « suggéré qu’une partie des Plaines aurait appartenu à un individu portant le nom d’Abraham» .

En consultant les registres d’état civil de la paroisse Notre-Dame de Québec à l’époque du Régime français, Ferland ne trouve qu’une seule personne ayant porté ce prénom : Abraham Martin, dit l’Écossais, qui se présentait comme pilote du roi. C’est notre homme.

Abraham Martin reçoit, en 1635, de la compagnie de la Nouvelle-France, une terre en concession de 12 arpents sur les hauteurs de Québec. Il y ajoute, 10 ans plus tard, une autre parcelle de terre de 20 arpents. L’ensemble de la terre est bien située sur les hauteurs de la ville, mais du côté nord de la Grande Allée actuelle, sur ce qu’on appelle alors le coteau Sainte-Geneviève. La terre d’Abraham Martin ne peut dont pas être confondue avec les Plaines d’aujourd’hui.

Ce qui est accepté par la petite histoire, c’est que le bonhomme descendait faire boire ses bêtes à la rivière Saint-Charles en empruntant le chemin en pente devenu la côte d’Abraham.

On a retrouvé dans un acte notarié, daté du 16 octobre 1675, le nom de Charles-Amador Martin, seul fils survivant d’Abraham. Prêtre et cohéritier, Charles-Amador cède aux religieuses ursulines 32 arpents de terre sise au lieu dit Claire-Fontaine moyennant la somme de 1200 livres, une petite fortune à l’époque.

La bataille des plaines

Ce sont des militaires français et anglais ayant joué un rôle de premier plan dans les batailles décisives de 1759 et 1760 qui feront passer le toponyme Abraham à l’histoire officielle.

Le chevalier de Lévis mentionne dans son journal, à la date du 19 juillet 1759, que les Anglais « firent passer quatre navires au-dessus (sic) de la ville et qu’en conséquence, il envoya des détachements sur les hauteurs d’Abraham et jusqu’au Cap rouge».

Le jour même de l’affrontement des troupes de Wolfe et Montcalm, le 13 septembre 1759, le capitaine d’un régiment anglais, John Knox, écrit dans son journal, qui sera publié plus tard sous le titre « The Siege of Quebec» qu’une fois débarqués au pied de la falaise, ils ne s’arrêtent point « till we comes to the Plains of Abraham» .

Un autre officier anglais, John Montresor, écrira un bouquin publié à Londres et intitulé « The General Battle of the Heights of Abraham» .

Si la terre d’Abraham Martin ne touche pas au territoire actuel des Plaines, la bataille de 1759, par contre, s’est bel et bien déroulée sur les Plaines d’Abraham et sur l’ancienne propriété d’Abraham Martin.

La grande bataille historique a fait rage un peu partout à la haute-ville. Les troupes françaises et anglaises ont pris position de la falaise jusqu’au chemin Sainte-Foy, et de la colline parlementaire d’aujourd’hui jusqu’à l’avenue Belvédère, approximativement.

À partir du début du Régime anglais, la cartographie locale élargit considérablement le rayonnement de la côte d’Abraham et des Plaines.

Le coteau d’Abraham couvre le prolongement ouest du coteau Sainte-Geneviève jusqu’à la rue de la Suète qui mène de Sainte-Foy à Lorette.

Quant aux Plaines d’Abraham (on dit plus souvent « hauteurs d’Abraham» , le toponyme apparaît couramment sur les cartes et il désigne une large partie de la ville haute, à l’extérieur des remparts.

Il faudra attendre 1879 pour que les cartes de la ville délimitent précisément le site tel qu’on le connaît maintenant.

En 1908, le gouvernement fédéral crée le parc des Champs de bataille. Mais pour les gens de Québec, il s’agira toujours des Plaines d’Abraham ou, en raccourci, des Plaines. Un toponyme affectueux. Un hommage populaire et gratuit aux premiers habitants du pays.

Le colon et le patriarche

À chacun son histoire. Après la conquête, l’empire britannique ne peut laisser le lieu de sa victoire dans l’anonymat. Il lui faut un toponyme à la hauteur de l’événement.

Les historiens Jacques Mathieu et Alain Beaulieu avancent une théorie intéressante dans la monumentale histoire des Plaines publiée chez Septentrion, en 1993. Pour eux, le vainqueur de 1759 aurait conservé la désignation populaire en croyant se référer au patriarche de la Bible.

Ils écrivent: « Pour des gens de religion protestante, fortement imprégnés de tradition biblique, le toponyme Abraham jouit d’une grande puissance symbolique. Les conquérants ne pouvaient manquer de se reconnaître dans l’image du grand prophète…»

C’est ainsi qu’un pâle colon voit son nom immortalisé à la suite d’une série de quiproquos dont l’Histoire a le secret.

Sources: « Les Plaines d’Abraham, le culte de l’idéal» , de Jacques Mathieu et Eugen Kedl ; le dictionnaire biographique du Canada, tome 1 ; Les Cahiers des Dix, no 42 ; la Revue d’histoire de l’Amérique française, no XVII.) .

Abraham Martin… a marié Marguerite Langlois.

Je vous en parlais dans cet article.

Et c’est là que le bât blesse…

On dit que Marguerite Langlois est la fille de Noël Langlois dans plusieurs arbres généalogiques, alors qu’aucune preuve n’existe de ses parents.

Cliquez ici…

et ici.

Jocelyne Nicol ne s’aventure pas dans toute cette controverse…

On parlerait d’une Marguerite Langlois Langlais tout comme Abraham Martin est dit L’Écossais…

On n’est jamais certain quand on essaie de déterrer ses ancêtres…

C’est comme notre histoire qu’on nous a racontée sur les bancs d’école…

Radisson, D’Iberville, Desgroseillers, Des Ormeaux… Madeleine de Verchères.

Qui dit vrai ?

On avait besoin de héros…

On n’avait pas besoin de chercher bien loin…

Juste regarder nos ancêtres, ces hommes et ces femmes, qui ont bâti à la sueur de leur front notre pays… ou ont déneigé nos routes…

 

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