Je me suis bien fait avoir…

Je me suis bien fait avoir…

On est donc le 9 juin 1885 à Ste-Anne-des-Plaines. L’église est pleine de gens et de souvenirs… pour le mariage d’Adélard et Léa. Quelle belle journée de juin. La mère de Léa avait mis son chapelet sur la corde à linge… mais on n’est pas un samedi, contrairement à ce que je disais hier.

On est un mardi!

C’est ma femme qui me l’a fait penser hier matin quand je lui ai parlé de mon blogue…

« Vérifie donc avant de dire n’importe quoi. »

Comme disait le vieux proverbe, trop vieux pour s’en souvenir lui-même :

Derrière chaque petit homme, il y a toujours une grande femme… Souvenez-vous-en.

J’aurais donc dû, j’aurais donc dû… m’en souvenir

Continuons le mariage…

La mariée est particulièrement belle ce mardi matin. Léa, âgée de 25 ans, (Oubliez le petit calcul d’hier) arrive dans sa belle robe accompagnée de son père, Pierre Renaud. Elle porte la robe de mariée de sa mère Aurélie. Aurélie Latour, en regardant sa fille, se revoit 39 ans plus tôt en 1846. C’était le jour de son mariage avec le beau Pierre. Mais la température était plutôt froide. Aurélie s’était mariée un 13 janvier, un autre mardi… (Coudon… on se mariait le mardi dans ce temps-là!)

La dernière fois que les Renaud avaient marié un de leurs enfants, c’était en 1879.

Leur fils Octave avait marié Marie-Anne Limoges, la fille de Damase Limoges et Zoé Alary. Octave avait 25 ans et Marie-Anne en avait 16. Leurs deux autres filles, Odile et Olive s’étaient mariées en 1868. Odile avec Alphonse Gauthier et Olive avec Jean-Baptiste Cyr. Alphonse avait une épicerie en 1881 dans le Mile End. Olive avait alors deux enfants, Wilfrid et Léa Gauthier, âgés respectivement de 9 et 7 ans.

Les Renaud aimaient beaucoup leurs enfants. Ils en avaient eu plusieurs, mais, comme bien des couples à Ste-Anne, ils en avaient également perdu beaucoup.

Le premier, je crois, fut Octave, en juillet 1849. Pierre et Aurélie avaient redonné ce prénom à celui qui s’était marié en 1879. Il y avait eu la petite Julienne, qui était âgée d’un an quand le recenseur était passé dans la famille en 1852. Juliette était morte le mercredi 18 avril 1855.

Puis en 1859, dans l’espace d’un mois, trois enfants coup sur coup : Angéline, le mardi 15 février, Brigitte, le lundi 28 février et Marie-Anne, le jeudi 10 mars. Tout comme les Bohémier en 1870.

D’ailleurs, le monde en parle encore ici à Ste-Anne-des-Plaines : quatre décès et une naissance dans l’espace de deux semaines. Pauvre Euphébronie, l’ancienne institutrice de Ste-Anne… Un événement aussi triste que ça, je suis sûr que les gens vont s’en souvenir et encore en parler en 2008…

Quant à eux, Pierre et Aurélie perdait Jean-Baptiste en 1865. En 1867, c’était au tour de Clérinda et, en 1873, Arthémise. Quand le recenseur est repassé en 1881, Pierre et Aurélie avaient encore trois filles avec eux  : Léa, 21 ans, Anna, 14 ans et Marie, 9 ans. Léa se mariait maintenant.

Monsieur le curé Dugas s’approche de la porte pour accueillir la mariée. Il était curé de la paroisse depuis l’année dernière. (Il me regarde en se demandant  : quel est ce drôle d’individu?)

Le futur marié, lui, attend impatiemment au pied de l’autel et se demande bien ce qui peut retarder tant l’arrivée de sa dulcinée.

Adélard est nerveux dans son bel habit avec son col qui lui sert le cou. Il a du mal à respirer et n’est pas trop sûr si c’est l’émotion ou son col qui l’étreint. En tout cas, son père Joseph, à ses côtés, a un petit sourire en coin.

Il se souvient aussi du jour de son mariage avec la belle Marcelline assise dans le banc à droite de l’allée.

Joseph et Marcelline s’étaient mariés eux aussi comme les Renaud en 1846, mais en février, le mardi 3 février pour être plus précis. Joseph se souvient de son mariage. L’église venait d’être reconstruite après l’incendie de 1843. Son père Jean lui avait servi de témoin. Sa mère, Marguerite, n’était pas à son mariage. Elle était décédée.

L’église est bondée de gens et de souvenirs…

La mariée approche de l’autel et…

L’abbé Dugas ouvre son « laptop » et tape

www.nosorigines.qc.ca

Il entre son code d’utilisateur et son mot de passe.

Il va dans Mon compte…

Ensuite Mes personnes…

Le curé a l’air habile à pitonner…

Les gens le regardent, un peu médusés, mais se disent qu’on n’arrête pas le progrès.

Dans la section Mes personnes, Il clique sur Renaud Léa

La fiche de Léa s’ouvre

Léa Renaud est à gauche.

Il clique le bouton Modifier.

Une fenêtre s’ouvre comme hier.

Il inscrit son conjoint dans la section de droite :

Prénom           Adélard

Nom                Guénette

Sexe                Homme

Naissance       1859

Décès              1946 (le curé avait eu une prémonition)

Il indique la date du mariage

9          pour le jour

6          pour le mois

1885    pour l’année

Il indique l’endroit : Ste-Anne-des-Plaines

Il vérifie si la personne existe dans le système… Monsieur le curé connaît son affaire.

Non, Adélard Guénette n’est pas dans le système…. Il se frotte les mains.

Il sauvegarde.

Il se tourne alors vers les nouveaux mariés, les bénit et les déclare unis par les liens du mariage.

123 années plus tard, un généalogiste internaute les mariera une autre fois et les fera revivre sous vos yeux.

http://www.nosorigines.qc.ca/GenealogieQuebec.aspx?pid=132624

Mais l’histoire d’Adélard et de Léa ne s’arrête pas là.

Qui est donc cet Octave Guénette enterré avec eux dans le cimetière?

Ah oui! Comment est-ce que j’ai su la date du mariage d’Adélard et Léa ?

C’est là que les banques payantes sont utiles. Ce sont comme des dépanneurs, mais elles ne sont pas infaillibles. On s’en reparle, mais demain, on s’en va fouiller dans les microfilms des recensements canadiens de 1901 et 1911.

Samedi 9 février 2008     

3 Commentaires :

Pierre
Attendez que je vous parle prochainement du frère de monsieur le curé Dugas…
J’en suis complètement sous le choc!

Jean-Frédéric Martin -

Quelle brillante façon de captiver le lectorat !  Et quel sujet intéressant…  Félicitations, Pierre !

Lise
WoW!Quel beau mariage!On n’a pas fini d’en parler! Quelle belle approche!Si ça continue comme ça on ne vivra plus d’amour et d’eau fraîche mais de généalogie! Bravo.

 

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